Les casinos offshore qui ciblaient la France : ce qui s’est passé en 2025
Par Camille Laurent · Publié le 31 août 2026
Crésus, Lucky8, Wild Sultan, Madnix, Tortuga. Pendant des années, ces noms sont revenus dans toutes les recherches françaises de casino en ligne. Ils affichaient tous le même numéro de licence, ce qui a fait dire à peu près partout qu’ils formaient une seule et même famille.
C’est faux, et l’explication est plus intéressante que la légende. En 2025, ils ont presque tous fermé ou quitté la France, pour deux raisons qui sont tombées en même temps. Voici ce qui s’est réellement passé.
Cette page n’est pas un avis et ne recommande aucun de ces sites. Les jeux de casino en ligne ne sont autorisés à aucun opérateur en France. Aucun lien d’inscription, aucun bonus et aucune note ne figure ici.
Ce qu’il faut retenir
Le numéro partagé : 1668/JAZ, une licence de Curaçao
Ce qu’il prouvait : une licence mère commune, pas un propriétaire commun
Première secousse : Curaçao a supprimé ce système fin 2024
Seconde secousse : les blocages de l’ANJ
Résultat : fermetures et retraits en chaîne en 2025
En France : le casino en ligne reste interdit à tous
Pourquoi ils portaient tous le même numéro
Si vous avez déjà regardé le pied de page de ces sites, vous avez vu la même mention revenir : une licence de Curaçao, numéro 1668/JAZ. Des dizaines de casinos affichaient ce numéro. La conclusion semblait évidente : même numéro, même maison.
Elle était fausse. Curaçao fonctionnait avec un système de licences mères. Une poignée de titulaires détenaient une licence principale et revendaient des sous-licences à des centaines d’opérateurs indépendants. Tous affichaient le numéro du titulaire principal. Le 1668/JAZ était celui de la société Cyberluck Curaçao, connue sous le nom de Curaçao eGaming.
Le numéro de licence partagé ne prouvait rien sur la propriété. Il indiquait seulement que deux sites avaient acheté leur sous-licence au même intermédiaire. C’est l’équivalent de deux commerçants qui louent leur local au même propriétaire : ils ne travaillent pas ensemble pour autant.
Cette confusion arrangeait tout le monde. Elle donnait aux petits sites l’apparence d’un grand groupe, et elle a rempli les pages françaises d’arbres généalogiques inventés.
Qui possédait quoi, réellement
Il y avait bien des familles, mais elles ne correspondaient pas à ce qu’on lisait. Voici ce que les sociétés exploitantes indiquaient sur leurs propres sites.
| Société exploitante | Ses marques | Où elle en est |
|---|---|---|
| CNCL B.V. Curaçao, avec des activités à Chypre |
Crésus, Crésus Casino Privé, Lucky8, Jackpot Bob, Olympe Casino | Enquête judiciaire en cours, marques fermées |
| The Luck Factory B.V. | Wild Sultan, Madnix | Retirées du marché français |
| InnovaPlay B.V. | Tortuga | Fermé aux joueurs français, domaine inactif |
Trois sociétés distinctes, donc, et non un réseau unique. Les vraies sœurs sont à l’intérieur de chaque ligne : Lucky8 était bien la sœur de Crésus, Madnix bien celle de Wild Sultan. Entre les lignes, il n’y avait qu’un fournisseur de licence commun.
Les deux secousses de 2025
Un : Curaçao a supprimé le système
Le parlement de Curaçao a adopté une nouvelle loi sur les jeux, dite LOK, le 17 décembre 2024. Elle est entrée en vigueur une semaine plus tard, le 24 décembre. Elle supprime purement et simplement le modèle des licences mères et des sous-licences, remplacé par des licences directes délivrées par une nouvelle autorité.
Les anciennes sous-licences ont expiré en janvier 2025. Du jour au lendemain, des centaines d’opérateurs qui vivaient sous le parapluie d’un titulaire principal ont dû se présenter en leur nom propre, avec des obligations de conformité nettement plus lourdes.
Deux : l’ANJ n’a pas relâché
En parallèle, l’Autorité nationale des jeux a continué à faire bloquer les sites qui s’adressaient aux joueurs français sans autorisation. Elle dispose depuis la loi du 2 mars 2022 d’un pouvoir de blocage administratif direct, sans passer par un juge, et elle a reçu plus de 5 800 signalements de joueurs depuis janvier 2025.
Un site bloqué devient invisible pour la plupart des connexions françaises. Quand la France représente l’essentiel de votre trafic, c’est une condamnation commerciale.
Les deux effets se sont additionnés. Perdre sa licence et perdre son marché la même année ne laisse pas beaucoup d’issues. C’est pour cela que les fermetures ont semblé groupées, comme si un seul groupe s’écroulait.
Et l’argent des joueurs ?
C’est la seule question qui compte vraiment, et la réponse dépend entièrement de la bonne volonté de l’opérateur. C’est précisément le problème.
Lucky8, en novembre 2025 : « le site est désormais fermé », avec une adresse de contact pour les retraits et les soldes en attente.
Certains opérateurs ont affiché une notice de ce genre et traité les demandes. D’autres ont laissé leur domaine s’éteindre sans rien dire.
L’ANJ le dit elle-même : elle n’est pas compétente pour les litiges avec un opérateur illégal.
Si vous déposez chez un site non autorisé, aucun régulateur français ne peut intervenir pour vous. Ni pour un retrait bloqué, ni pour un compte fermé, ni pour un solde disparu. C’est la différence concrète entre un opérateur agréé et les autres, et elle ne se voit qu’au pire moment.
L’autre issue possible : le domaine de Tortuga ne sert plus qu’une page d’hébergeur.
Questions fréquentes
Crésus, Lucky8, Wild Sultan et Madnix étaient-ils le même groupe ?
Non. Crésus et Lucky8 relevaient de CNCL B.V., Wild Sultan et Madnix de The Luck Factory B.V., Tortuga d’InnovaPlay B.V. Trois sociétés distinctes, qui partageaient seulement un fournisseur de licence à Curaçao.
Pourquoi affichaient-ils le même numéro de licence ?
Parce que Curaçao fonctionnait avec des licences mères. Le numéro 1668/JAZ était celui du titulaire principal, Cyberluck Curaçao, qui revendait des sous-licences. Des dizaines d’opérateurs indépendants affichaient donc le même numéro.
Qu’est-ce qui a changé à Curaçao ?
Une nouvelle loi sur les jeux, adoptée le 17 décembre 2024 et entrée en vigueur le 24 décembre, a supprimé le modèle des licences mères. Les anciennes sous-licences ont expiré en janvier 2025.
Pourquoi ont-ils tous fermé en même temps ?
Deux causes simultanées : la fin du système de licences à Curaçao et la poursuite des blocages de l’ANJ en France. Perdre sa licence et son principal marché la même année laisse peu d’issues.
Ces casinos étaient-ils légaux en France ?
Non. Les jeux de casino en ligne ne sont autorisés à aucun opérateur en France. L’ANJ agrée seulement les paris sportifs, les paris hippiques et le poker.
Que devient l’argent laissé sur un compte ?
Cela dépend entièrement de l’opérateur. Certains ont publié une notice et traité les retraits, d’autres ont laissé leur domaine s’éteindre. L’ANJ n’est pas compétente pour les litiges avec un opérateur illégal, donc aucun régulateur français ne peut intervenir.
Comment savoir si un site est autorisé en France ?
Cherchez un numéro d’agrément français en pied de page, de la forme numéro suivi de PS, PH ou PO. Vous pouvez aussi consulter la liste des opérateurs agréés publiée par l’ANJ, qui est la seule référence qui compte.
D’autres marques ont-elles été concernées ?
Oui, la vague a été large. Azur Casino, Banzai Slots, Arlequin Casino, Ruby Vegas, Prince Ali et Cabarino ont notamment été bloqués ou se sont retirés. La liste des blocages est publiée par l’ANJ et mise à jour chaque mois.
Mon avis sur ces fermetures
J’ai commencé cette page en pensant écrire l’histoire d’un réseau. Il n’y en avait pas. Il y avait un système de licences qui donnait à des sociétés sans lien l’apparence d’une famille, et une centaine de sites français qui ont recopié cette apparence sans jamais la vérifier.
C’est exactement ce que ce site cherche à corriger. Un numéro de licence partagé n’est pas une preuve de parenté. L’éditeur d’une application, la société inscrite au registre, le nom sur la licence : voilà des preuves.
Et pour la seule question qui compte vraiment, la réponse tient en une ligne. Chez un opérateur agréé, il existe un recours. Chez les autres, il n’y en a aucun. Notre guide des meilleurs opérateurs agréés liste ceux qui sont autorisés ici.
Le sort de Tortuga montre l’autre issue possible : un domaine qui cesse simplement de répondre.
Reste la question de fond, que ces fermetures posent sans la résoudre : voir le casino en ligne sera-t-il légalisé en France.
Rappel : l’interdiction volontaire de jeu se demande auprès de l’ANJ et s’applique à tous les opérateurs agréés et à tous les casinos français. Le 09 74 75 13 13 est la ligne gratuite et anonyme de Joueurs Info Service. Voir notre page jeu responsable.



